Derrière le Voile 2011

SPanish

Derrière le voile, se situe comme une approche des conditions qui régissent aujourd’hui les échanges culturels et les limites imposées par le jeu politique. La réalité actuelle, marquée par la coexistence d’un nombre en constante augmentation d’interconnexions et de médiations d’une part, et de limitations de l’expression d’autre part, place la question de la communication dans le collimateur de la pensée critique. Ce souci du dialogue trouve sa réponse dans l’exposition actuelle.

L’exposition qui nous est présentée apparaît comme une cartographie, forcément ambiguë, née de ce panorama qui prend sa source dans la situation actuelle pour questionner son fonctionnement et proposer des alternatives.

L’installation


L’installation déplace quant à elle cette préoccupation de la série picturale dans un espace que l’artiste explore depuis peu. Dans ce cas précis, Luz Severino fait référence à cette absence de liberté d’expression qu’on retrouve dans une grande partie du monde, mais qui, comme c’est souvent le cas dans les oeuvres de Luz, transcende cette question précise et se métamorphose cette fois-ci en une instabilité pleine de sens, comme dans un projet d’avenir érigé à la gloire de la poésie. Un rassemblement de chaussures nouées entre elles en un édifice instable : son caractère intérieur, son aura de protection, sont conditionnés par le fait qu’elles sont inutilisables, par l’annulation de leur fonction.

Pour revenir à l’oeuvre de Luz intitulée Los pasos firmes, qu’elle présentait dans une autre série, à titre de programme de développement personnel et social limité par des conditions extérieures : nous nous trouvons devant des pas qui ne seront pas faits, des échanges qui n’auront jamais lieu.

En effet, la multiplicité de chaussures se présente libérée de ses liens et en marche. L’accumulation de pas qui pourrait être perçue dans le cas précédent comme une limitation, comme la répétition d’une situation négative, se présente aujourd’hui comme la garantie d’un dialogue ouvert. Comment passer de la première image à la deuxième, comment garantir cette ouverture, tout cela semble être le véritable moteur de la proposition de Luz. Les deux séries évoqueraient alors le processus transformatif qui forme cette reconstruction de la réalité et par conséquent du zéro, recommençant encore et encore.

Si en d’autres occasions les réflexions de l’artiste reposaient sur un scénario ambigu, changeant, diffus et proche du concept de liquide développé par Zygmunt Bauman, nous sommes cette fois face à un compromis actif fondé sur la nécessité de confirmer les signes qui nous permettent d’aller au-delà du voile, de regarder de chaque côté de la réalité, et en la racontant, de la changer.

Les oeuvres picturales


Les oeuvres picturales qui composent cette exposition s’annoncent comme une intention, un projet de fuite en avant, qui de par son inclination parvient à s’installer encore plus dans la réalité du moment.

Luz, au niveau de l’expression même, a introduit des innovations importantes : les personnages paraissent en effet s’évaporer à mesure que nous levons les yeux. Ils sont représentés ici comme ancrés dans le don par ces pieds qui déterminent leur personnalité, et sont brisés en morceaux d’identités, en minuscule fragments qui reflètent la difficulté de se tenir debout dans le monde d’aujourd’hui. Il faut ajouter à cela la prédominance des diagonales, un exercice grâce auquel Luz parvient à éliminer cette difficulté imposée par les silhouettes : ces pesos firmes (pas assurés) qui d’un autre côté nous représentent tels que nous sommes, poursuivant notre but.